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Poème Une sage décision

Gael

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#1
Toute l’écriture est de la cochonnerie. (Artaud)



J’ai pris ma décision subitement.

Un matin que, en manque, je vis mes mains déjà amaigries, en proie à de violentes secousses. Je n’appelai à la rescousse le médecin (ridicule ici et inutile) qui, assurément, m’eût dit quelque chose comme : « Cessez séance tenante – car il en va de votre vie – la littérature. Evitez par exemple la lecture de sonnets –même (surtout) mauvais, vous seriez tenté, ne souriez pas ainsi, je vous connais, d’en composer d’encore plus… mauvais ! »

Le docteur Motus (car tel était son nom) détestait ce qu’il nommait avec une morgue non feinte tantôt mes « gribouillages », tantôt, c’était légèrement moins blessant, mes « enfantillages ».

Par conséquent, je n’appelai pas, ce fameux matin-là, le médecin mais montai directement – un crève-cœur !- au grenier mes romans préférés (adieu Tolstoï, Proust, Garcia Marquez, …Adieu Rabelais, Cervantès, Sterne… dans des cartons numérotés), résistant à l’envie (forte, quasiment irrépressible) d’ouvrir au hasard un Malraux, un Rouaud et d’en goûter les mots…

Je descendis ensuite plusieurs ouvrages et manuels dans l’entresol : tout un pan de philosophie allemande, des traités médicaux frappés d’obsolescence, des études annotées touchant à la métrique, des livres de stylistique encore, de linguistique, et un, volumineux, consacré entièrement à des recettes savamment élaborées de cuisine médiévale.

Le plus difficile dans l’interminable période de sevrage avait été de se défaire de ces œuvres brèves que j’aimais tant : les nouvelles évidemment et plus encore les poèmes en prose, les maximes, les fragments de quelque pièce inachevée…

Puis, me rendant au jardin, un bidon d’essence sous le bras, dans la poche du jean une boîte d’allumettes, je fis flamber mes pauvres écrits : sortis fébrile d’une malle pêle-mêle lettres jamais expédiées à leurs destinataires factices, billets doux composés des mêmes cortèges de clichés, débuts fades de récits épiques, brouillons de contes érotiques d’un orient de carte postale, canevas d’odelettes bancales, pantoums sans rimes ni raison, alexandrins disloquées mais en loques, bribes enfin de moi qui partaient dans les flammes salutaires (c’est encore bêtement littéraire, quel tic ! bassement romantique – si encore je m’étais ce jour-là vêtu d’un vieux survêtement, j’aurais pour partie échappé au poncif de l’écrivain raté, maudit, incompris…).

Enfin, débarrassé de tout le fatras encombrant (j’avais aussi jeté plumes, crayons, carnets, papier), je consacrais mes loisirs à la pêche à la truite.

Maintenant désintoxiqué, je vous livre ce témoignage en espérant sincèrement qu’il aidera certains d’entre vous… à définitivement décrocher.

 

Sentimentale

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#2
Toute l’écriture est de la cochonnerie. (Artaud)



J’ai pris ma décision subitement.

Un matin que, en manque, je vis mes mains déjà amaigries, en proie à de violentes secousses. Je n’appelai à la rescousse le médecin (ridicule ici et inutile) qui, assurément, m’eût dit quelque chose comme : « Cessez séance tenante – car il en va de votre vie – la littérature. Evitez par exemple la lecture de sonnets –même (surtout) mauvais, vous seriez tenté, ne souriez pas ainsi, je vous connais, d’en composer d’encore plus… mauvais ! »

Le docteur Motus (car tel était son nom) détestait ce qu’il nommait avec une morgue non feinte tantôt mes « gribouillages », tantôt, c’était légèrement moins blessant, mes « enfantillages ».

Par conséquent, je n’appelai pas, ce fameux matin-là, le médecin mais montai directement – un crève-cœur !- au grenier mes romans préférés (adieu Tolstoï, Proust, Garcia Marquez, …Adieu Rabelais, Cervantès, Sterne… dans des cartons numérotés), résistant à l’envie (forte, quasiment irrépressible) d’ouvrir au hasard un Malraux, un Rouaud et d’en goûter les mots…

Je descendis ensuite plusieurs ouvrages et manuels dans l’entresol : tout un pan de philosophie allemande, des traités médicaux frappés d’obsolescence, des études annotées touchant à la métrique, des livres de stylistique encore, de linguistique, et un, volumineux, consacré entièrement à des recettes savamment élaborées de cuisine médiévale.

Le plus difficile dans l’interminable période de sevrage avait été de se défaire de ces œuvres brèves que j’aimais tant : les nouvelles évidemment et plus encore les poèmes en prose, les maximes, les fragments de quelque pièce inachevée…

Puis, me rendant au jardin, un bidon d’essence sous le bras, dans la poche du jean une boîte d’allumettes, je fis flamber mes pauvres écrits : sortis fébrile d’une malle pêle-mêle lettres jamais expédiées à leurs destinataires factices, billets doux composés des mêmes cortèges de clichés, débuts fades de récits épiques, brouillons de contes érotiques d’un orient de carte postale, canevas d’odelettes bancales, pantoums sans rimes ni raison, alexandrins disloquées mais en loques, bribes enfin de moi qui partaient dans les flammes salutaires (c’est encore bêtement littéraire, quel tic ! bassement romantique – si encore je m’étais ce jour-là vêtu d’un vieux survêtement, j’aurais pour partie échappé au poncif de l’écrivain raté, maudit, incompris…).

Enfin, débarrassé de tout le fatras encombrant (j’avais aussi jeté plumes, crayons, carnets, papier), je consacrais mes loisirs à la pêche à la truite.

Maintenant désintoxiqué, je vous livre ce témoignage en espérant sincèrement qu’il aidera certains d’entre vous… à définitivement décrocher.

Pourquoi décrocher ? ??? L'écriture est ma raison de vivre, ma lumière? Mon exutoire
Merci pour ma lecture que j'ai néanmoins appréciée
 

Arthémis

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#3
Décrochez vous serez retenu par gepetto. Vous devriez écouter votre médecin motus lol tout ce savoir livré aux flammes ne peut étouffer la braise de la connaissance ainsi que ceux qui gardent l'espoir d'un peu de chaleur.
 
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#4
Allez-vous résister à cette envie irrépressible d'écrire ? Auquel cas vous serez définitivement guérit du Prix Théophraste Renaudot et vacciné contre le Prix Goncourt :)
Trève de... Merci pour ce partage qui me fait dire du grand n'importe quoi :)
Amitiés soleil
Z. :)
 
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