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Nouvelle En parlant un peu du sonnet (suite 7 et FIN)

Peniculo

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En parlant un peu du sonnet (suite 7 et FIN)

Sonnet (W. Shakespeare)

From fairest creatures we desire increase,
That thereby beauty's rose might never die,
But as the riper should by time decease,
His tender heir might bear his memory:

But thou contracted to thine own bright eyes,
Feed'st thy light's flame with self-substantial fuel,
Making a famine where abundance lies,
Thy self thy foe, to thy sweet self too cruel:


Thou that art now the world's fresh ornament,
And only herald to the gaudy spring,
Within thine own bud buriest thy content,


And, tender churl, mak'st waste in niggarding:
Pity the world, or else this glutton be,
To eat the world's due, by the grave and thee.


REGULIER/IRREGULIER

Théodore de Banville (1823-1891) dans “Petit traité de la poésie française” dit du sonnet :

Le sonnet peut commencer par un vers masculin ou féminin.
Le sonnet peut être écrit en vers de toutes les mesures.
Le sonnet peut être régulier ou irrégulier
Les formes du sonnet irrégulier sont très nombreuses et autorisent toutes les combinaisons possibles
Il n’existe cependant qu’une forme de SONNET REGULIER dont voici deux exemples caractéristiques.


Ariane TH. De Banville (1823-1891) (FMMF FMMF MMF MFM)

Dans Naxos, où les fleurs ouvrent leurs grands calices
Et que la douce mer baise avec des sanglots,
Dans l'île fortunée, enchantement des flots,
Le divin Iacchos apporte ses délices.

Entouré des lions, des panthères, des lices,
Le Dieu songe, les yeux voilés et demi-clos ;
Les Thyades au loin charment les verts îlots
Et de ses raisins noirs ornent leurs cheveux lisses.

Assise sur un tigre amené d'Orient,
Ariane triomphe, indolente, et riant
Aux lieux même où pleura son amour méprisée.

Elle va, nue et folle et les cheveux épars,
Et, songeant comme en rêve à son vainqueur Thésée,
Admire la douceur des fauves léopards.

Le Lys de François Coppée (1842-1908) (MFFM MFFM FFM FMF)

Hors du coffret de laque aux clous d’argent, parmi
Les fleurs du tapis jaune aux nuances calmées,
Le riche et lourd collier, qu’agrafent deux camées,
Ruisselle et se répand sur la table à demi.

Un oblique rayon l’atteint. L’or a frémi.
L’étincelle s’attache aux perles parsemées,
Et midi darde moins de flèches enflammées
Sur le dos somptueux d’un reptile endormi.

Cette splendeur rayonne et fait pâlir des bagues
Eparses où l’onyx a mis ses reflets vagues
Et le froid diamant sa claire goutte d’eau ;

Et, comme dédaigneux du contraste et du groupe,
Plus loin, et sous la pourpre ombreuse du rideau,
Noble et pur, un grand lys se meurt dans une coupe.

Pour TH. De Banville le sonnet français ABBA ABBA CCD EDE est seul régulier.

Le sonnet est toujours constitué de deux quatrains et deux tercets.
Dans le sonnet régulier, riment ensemble :


1- le premier, le quatrième vers du premier quatrain, le premier, le quatrième vers du second quatrain ;
2- le second, le troisième vers du premier quatrain, le second le troisième vers du second quatrain
3- le second, le second vers du premier tercet
4- le premier et le troisième vers du second tercet
Donc w ABBA-ABBA-CCD-EDE


[Dans le sonnet français, les deux tercets peuvent constituer un sizain avec un distique à rimes plates CC+ un quatrain à rimes croisées. DEDE.]
Toute modification de ces caractéristiques conduit à un sonnet IRREGULIER.


"La forme du sonnet est harmonieuse, magnifique, il y a de l’allégresse et de la rapidité dans les tercets et du lent et du pompeux dans les quatrains ce qui crée une musicalité spécifique à cette forme. On a comparé le sonnet à une figure au buste trop long et aux jambes trop grêles c’est à l’artifice du poète de rétablir l’équilibre."

Il faut donc grandir les tercets leur donner de l’ampleur de la force, de la magnificence sans leur ôter leur légèreté et leur rapidité d’origine.

Le dernier vers du sonnet doit contenir un trait surprenant excitant exquis ou admirable par sa justesse et son intensité.

Lamartine disait que lire le dernier vers d’un sonnet suffit à le résumer ingénieusement et en renforce le sens.

L’idéal est que le sonnet soit comme une comédie bien faite, chaque mot des quatrains doit préparer au trait final, les tercets apportant un dénouement qui cependant surprend encore.



27

EXEMPLES DONT ON PEUT TIRER DES REGLES

Un sonnet sans défaut vaut seul un long poème
Mais en vain mille auteurs y pensent arriver,
Et cet heureux phénix est encore à trouver
À peine dans Gombauld, Maynard et Malleville
En peut-on admirer deux ou trois entre mille ; (Nicolas Boileau. L’Art poétique)


1 La voix qui retentit de l'un à l'autre Pole Jean Ogier de Gombauld (1588-1666)

La voix qui retentit de l'un à l'autre Pole,
La terreur et l'espoir des vivans et des morts,
Qui du rien sçait tirer les esprits et les corps,
Et qui fit l'Univers, d'une seule parole.

La voix du Souverain, qui les cedres desole,
Cependant que l'espine estale ses tresors ;
Qui contre la cabane espargne ses efforts,
Et reduit à neant l'orgueil du Capitole.

Ce tonnerre esclatant, cette divine voix,
A qui sçavent respondre et les monts, et les bois,
Et qui fait qu'à leur fin toutes choses se rendent,

Que les lieux les plus hauts, que les lieux les plus bas,
Que ceux qui ne sont point, et que les morts entendent,
Mon ame, elle t'appelle, et tu ne l'entens pas.

2 Adieu Paris, adieu pour la dernière fois François Maynard (1582-1646)

Adieu Paris, adieu pour la dernière fois !
Je suis las d'encenser l'autel de la fortune
Et brusle de revoir mes rochers et mes bois
Où tout me satisfait, où rien ne m'importune.

Je n’y suis point touché de l'amour des thresors ;
Je n'y demande pas d'augmenter mon partage :
Le bien qui m'est venu des peres dont je sors
Est petit pour la cour, mais grand pour le village.

Depuis que je cognois que le siecle est gasté
Et que le haut merite est souvent mal-traité,
Je ne trouve ma paix que dans la solitude.

Les heures de ma vie y sont toutes à moy.
Qu'il est doux d'estre libre, et que la servitude
Est honteuse à celuy qui peut estre son roy !

3 Le silence régnait sur la terre et sur l'onde Claude Malleville (1596-1647)

Le silence régnait sur la terre et sur l'onde,
L'air devenait serein et l'Olympe vermeil,
Et l'amoureux Zéphir affranchi du sommeil
Ressuscitait les fleurs d'une haleine féconde.

L'Aurore déployait l'or de sa tresse blonde
Et semait de rubis le chemin du Soleil ;
Enfin ce dieu venait au plus grand appareil
Qu'il soit jamais venu pour éclairer le monde,
Quand la jeune Philis au visage riant,
Sortant de son palais plus clair que l'Orient,
Fit voir une lumière et plus vive et plus belle.

Sacré flambeau du jour, n'en soyez point jaloux !
Vous parûtes alors aussi peu devant elle
Que les feux de la nuit avaient fait devant vous.

EN GUISE DE CONCLUSION

Apollon de son feu leur fut toujours avare.
On dit, à ce propos, qu’un jour ce dieu bizarre,
Voulant pousser à bout tous les rimeurs François,
Inventa du Sonnet les rigoureuses lois ;
Voulut qu’en deux quatrains, de mesure pareille,
La rime, avec deux sons, frappât huit fois l’oreille ;
Et qu’ensuite six vers, artistement rangés,
Fussent en deux tercets par le sens partagés.
Surtout, de ce Poème il bannit la licence ;
Lui-même en mesura le nombre et la cadence ;
Défendit qu’un vers faible n’y pût jamais entrer,
Ni qu’un mot déjà mis osât s’y remontrer.
Du reste, il l’enrichit d’une beauté suprême :

(Nicolas Boileau)



 
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