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Poème ILLUSIONS

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#1
Je crois

Je crois en la poésie comme un acte de dévoilement
Un geste qui arrache au silence ce qui cherche à naître
Une façon de donner un visage aux ombres intérieures
Et d’offrir une voix à ce qui demeure invisible

Je crois aux mots comme à des éclats de lumière
Chaque syllabe porte une mémoire et une blessure
Chaque image ouvre un chemin vers l’inconnu
Chaque vers transforme le monde que nous habitons

Je crois que le poète ne décrit pas seulement la vie
Il en révèle les mystères cachés sous la surface
Il façonne avec ses émotions une vérité nouvelle
Et laisse dans le temps une empreinte de son âme

Ce Je, ce poète que je viens de décrire n’est pas moi
Je suis l’autre Je, l’autre, le vrai, l’auteur pas le poète
La poésie est mon support, mon mode d’expression
J’écris à partir du mental et non point du cœur

L’illusion du poème

Je feins de croire au vers comme à l’onde sacrée
Un fluide céleste où le mot devient saint
Où la phrase jaillit, de mystère dorée
Sous le souffle divin qui traverse l'humain

Je singe la posture et la transe inspirée
Des prêtres du verbe et des devins d'un soir
Qui vendent la lumière aux âmes égarées
En faisant repasser l'illusion pour voir

Je mime le poète en proie à son génie
Prophète de bazar que la Muse visite
Qui canalise au ciel une voûte infinie
Pour faire mousser l'ombre où son ego pèse et vite

Mais ce cirque sacré n'est qu'une imposture
Pas d'esprit dans la plume, aucun ange au balcon
Je tricote des mots, j'ajuste la tournure
C'est ma tête qui tient le garrot, sans pitié ni pardon


L’illusion de l’épure

Je crois à la parole brève, tenue au plus juste
Au mot posé seul dans l’espace du blanc
Chaque ligne respire, dépouillée et robuste
Comme un souffle arrêté au bord du présent

Je crois au peu comme à une forme extrême
À l’épure qui tranche dans l’excès des discours
Chaque fragment porte un silence lui-même
Et dit moins pour atteindre un peu plus loin le jour

Je crois au poème réduit à sa tension
Sans ornement, sans image qui déborde
Où chaque mot devient presque décision
Et pèse dans la page comme un accord

Mais ce peu calculé n’est qu’une autre manière
De construire un effet sous couvert de retrait
Je n’écris pas le vide ni l’essence première
Je dispose des signes, et j’en règle l’arrêt

Le mythe du vrai

Je crois à la parole nue, sans détour ni masque
Au langage direct qui ne cherche pas l’effet
Chaque mot y surgit sans calcul ni frasque
Comme une vérité que rien ne défait

Je crois au texte écrit au plus près de soi-même
À l’émotion livrée sans filtre ni détour
Chaque vers y respire une présence extrême
Et touche par sa simple mise au jour

Je crois au poème comme aveu nécessaire
À la voix qui se donne sans rien retenir
Où l’écriture devient un geste sincère
Qui dit ce qui insiste et ne peut que surgir

Mais cette vérité n’est qu’une forme apprise
Un rôle que l’on tient en croyant se livrer
Je n’écris pas le vrai, je construis sa reprise
Et c’est par le langage que je viens le fabriquer


Le mythe de la perfection

Je crois à l’ouvrage patient des mains sur le texte
Au vers repris cent fois jusqu’à sa juste loi
Chaque rime ajustée dans un équilibre complexe
Comme un mécanisme exact qui ne tremble pas

Je crois au mot choisi, pesé, replacé
À la coupe précise qui affine le sens
Chaque son contrôlé, chaque écart effacé
Pour atteindre au plus près une pure évidence

Je crois au poète artisan de sa phrase
Qui polit sa matière jusqu’à la rendre lisse
Et fait de son langage une parfaite base
Où rien ne dépasse et rien ne glisse

Mais cette perfection n’est qu’un lent maquillage
Un ordre imposé au désordre vivant
J’écris sans revenir, je traverse la page
Et le poème advient dans l’instant

Le mythe du lecteur


Je crois au poème qui trouve son lecteur
Qui traverse le temps pour atteindre une vie
Chaque vers y devient un lien intérieur
Et rejoint en silence ce qui était enfoui


Je crois aux mots capables d’ouvrir une présence
D’éveiller dans l’autre un écho familier
Chaque image prolonge une intime résonance
Et fait naître un espace partagé


Je crois au texte offert comme une rencontre
À la voix qui circule et ne reste pas seule
Chaque poème y trace un passage et montre
Que l’écriture relie ce que le monde isole


Mais nul mot ne rejoint une autre conscience
Il se perd dans l’écart entre dire et sentir
Je n’écris pas pour être compris ni en présence
Le poème est seul et ne fait que surgir
 

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