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Nouvelle Le Vitrail du p’tit Jésus [2/2]

Peniculo

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#1
Le Vitrail du p’tit Jésus [2/2]

Tout se serait passé très bien, grâce à Dieu, si hélas le diable n’y avait pas mis du sien !

Le jeune verrier qui réalisait le vitrail Sainte Solange était un superbe jeune homme qui dans le village avait déjà séduit quelques jeunes femmes sensibles à son charme et qui passait rarement ses soirées seul.
Un soir d’été ou il se promenait avec sa dernière conquête, descendant vers le pont de la rivière, pour cacher ses amours villageoises dans un petit bois, un orage terrible éclata.
Ils eurent juste le temps de se réfugier dans l’église pour ne pas être trempés.
La pluie durant, les jeunes gens firent, dans une église que la jeune fille croyait non consacrée, sur des bâches de coutil, ce qu’habituellement des amants font dans un lit.
Le jeune verrier savait que la veille des reliques de saints avaient été scellées dans la table de pierre de l’autel mais il n’en dit rien à sa maîtresse supposant que cela, ne suffisait pas pour faire d’un simple bâtiment un lieu saint.

Mais cela suffisait et le lieu était saint.

Le jour où les vitraux furent posés en, présence de nombreux prélats, des autorités du village et de quelques dignitaires du département, on s’extasia sur leur perfection qu’un beau soleil de printemps faisait ressortir.
Soudain le ciel s’obscurcit le tonnerre gronda et un éclair zébra le ciel au moment ou la foudre tombait sur le vitrail de Sainte Solange.
Au lieu d’exploser le vitrail fut simplement, mais inexplicablement, percé de quatre trous de taille différente.
Tous les éléments saints du vitrail avaient été détruits par la foudre; il ne restait qu’une femme sans tête donc sans auréole, sans livre de prière, sans chapelet et sans croix.

Bien que désagréablement surpris, les témoins de l’accident l’attribuèrent à une inévitable fatalité et dans les jours qui suivirent il fut prévu de refaire le vitrail à l’identique.
En fait on boucha les trous avec des verres neutres et il fallut cinquante ans pour que les travaux soient repris par un nouveau maitre-verrier et ses élèves.

La nouvelle Sainte Solange était encore plus lumineuse car au lieu de compléter le vitrail abimé
Il avait été démonté et refait avec des verres en provenance d’Italie supérieurs aux précédents.

Le vitrail fut remonté dans sa fenêtre un soir tard. Les verriers partirent se reposer en laissant l’œuvre qui leur avait parue merveilleuse à la lumière du couchant. Contents de leur travail, ils attendaient de le voir en pleine lumière du jour.
Il ne restait plus que le polissage des joints de plomb à effectuer et c’était un simple travail
d’élève.

En pleine nuit, la porte de l’église fut fracturée et un groupe d’ivrognes, hommes et femmes, s’y réfugièrent et s’y livrèrent à des actes réprouvés par la morale même en dehors des églises.
Au matin, en dehors de quelques bouteilles abandonnées et de la serrure, qu’il fallut réparer, on ne remarqua rien de particulier dans l’église.

Le nouveau vitrail, véritable chef d’œuvre, attendit le dimanche d’après pour sa bénédiction.

Au moment du signe de croix attendu, le ciel devint presque noir, on entendit des coups de tonnerre et au milieu d’éclairs flamboyants le vitrail explosa totalement ne laissant à l’intérieur de l’église que le morceau représentant la tête de Sainte Solange avec son auréole, face contre terre.

La consternation fut grande et on commença à parler de malédiction, de sort diabolique et de damnation de l’église ou de son lieu de construction.
On boucha la fenêtre avec du verre blanc et il fallut alors presqu’un siècle pour que l’on se décide enfin à finir ce dernier vitrail que Dieu lui-même n’aimait pas selon les rumeurs circulant dans le village.

Un grand maître-verrier vint, seul, très âgé et ne voyant bien que d’un œil, mais on lui avait confié les dessins historiques du deuxième vitrail, que l’église avait conservés et qui lui paraissaient incomparables.
Il tailla directement toutes les pièces de verre qu’il aurait à assembler ainsi que les baguettes de plomb.
Au moment ou il allait transférer les pièces sur le châssis, sa vue se brouilla une sorte de neige permanente tomba devant ses yeux et il sentit ses mains et se jambes devenir lourdes et immobiles.
Il peina pour s’agenouiller sur le sol et pria en pleurant « Seigneur aidez-moi à terminer cette œuvre à laquelle je tiens et qui a subi tant de malheur».

Sa vue s’éclaircit un peu et il vit un jeune garçon d’environ dix ans s’approcher de la table de travail, prendre les pièces de verre une à une et les placer avec la précision d’un verrier expérimenté. Puis il coupa, couda mit en place les morceaux de baguettes de plomb avant de disparaitre derrière l’autel.

Le maitre verrier s’endormit, quand il se réveilla sa vue lui parut normale, il se remit au travail et termina le vitrail sur lequel, seule les soudures du plomb, restaient à faire.

Il appela alors le curé de l’époque pour qu’il puisse bénir de suite son œuvre, avant même de la monter à sa place définitive, sans manifestations inutiles.

Le châssis fut mis le lendemain dans sa fenêtre,
Le vitrail était encore plus beau que les précédents et le vieux verrier que l’on prit pour un gâteux disait à tous ceux qui voulaient bien l’entendre :
« Celui là, il ne lui arrivera rien, c’est le petit Jésus qui l’a monté ».

Voila mon fils pourquoi ce vitrail est appelé le vitrail du P’tit Jésus, encore de nos jours.

Mais mon père en regardant bien tous les vitraux de l’église j’ai remarqué que Sainte Solange paraissait, excusez l’expression, plus neuve que les saints des autres vitraux.

« Mon fils c’est exact les plus vieux ont environ cinq siècles et celui-ci environ trois siècles et demi ».
Au bout de trois siècles et demi, rien ne justifie que ce vitrail paraisse neuf et reste propre par rapport aux autres vitraux de l’église.

« Mon fils, pensez-vous qu’il soit nécessaire que tout s’explique ? ».
 
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#2
Le Vitrail du p’tit Jésus [2/2]

Tout se serait passé très bien, grâce à Dieu, si hélas le diable n’y avait pas mis du sien !


Le jeune verrier qui réalisait le vitrail Sainte Solange était un superbe jeune homme qui dans le village avait déjà séduit quelques jeunes femmes sensibles à son charme et qui passait rarement ses soirées seul.
Un soir d’été ou il se promenait avec sa dernière conquête, descendant vers le pont de la rivière, pour cacher ses amours villageoises dans un petit bois, un orage terrible éclata.
Ils eurent juste le temps de se réfugier dans l’église pour ne pas être trempés.
La pluie durant, les jeunes gens firent, dans une église que la jeune fille croyait non consacrée, sur des bâches de coutil, ce qu’habituellement des amants font dans un lit.
Le jeune verrier savait que la veille des reliques de saints avaient été scellées dans la table de pierre de l’autel mais il n’en dit rien à sa maîtresse supposant que cela, ne suffisait pas pour faire d’un simple bâtiment un lieu saint.


Mais cela suffisait et le lieu était saint.

Le jour où les vitraux furent posés en, présence de nombreux prélats, des autorités du village et de quelques dignitaires du département, on s’extasia sur leur perfection qu’un beau soleil de printemps faisait ressortir.
Soudain le ciel s’obscurcit le tonnerre gronda et un éclair zébra le ciel au moment ou la foudre tombait sur le vitrail de Sainte Solange.
Au lieu d’exploser le vitrail fut simplement, mais inexplicablement, percé de quatre trous de taille différente.
Tous les éléments saints du vitrail avaient été détruits par la foudre; il ne restait qu’une femme sans tête donc sans auréole, sans livre de prière, sans chapelet et sans croix.


Bien que désagréablement surpris, les témoins de l’accident l’attribuèrent à une inévitable fatalité et dans les jours qui suivirent il fut prévu de refaire le vitrail à l’identique.
En fait on boucha les trous avec des verres neutres et il fallut cinquante ans pour que les travaux soient repris par un nouveau maitre-verrier et ses élèves.


La nouvelle Sainte Solange était encore plus lumineuse car au lieu de compléter le vitrail abimé
Il avait été démonté et refait avec des verres en provenance d’Italie supérieurs aux précédents.


Le vitrail fut remonté dans sa fenêtre un soir tard. Les verriers partirent se reposer en laissant l’œuvre qui leur avait parue merveilleuse à la lumière du couchant. Contents de leur travail, ils attendaient de le voir en pleine lumière du jour.
Il ne restait plus que le polissage des joints de plomb à effectuer et c’était un simple travail
d’élève.


En pleine nuit, la porte de l’église fut fracturée et un groupe d’ivrognes, hommes et femmes, s’y réfugièrent et s’y livrèrent à des actes réprouvés par la morale même en dehors des églises.
Au matin, en dehors de quelques bouteilles abandonnées et de la serrure, qu’il fallut réparer, on ne remarqua rien de particulier dans l’église.


Le nouveau vitrail, véritable chef d’œuvre, attendit le dimanche d’après pour sa bénédiction.

Au moment du signe de croix attendu, le ciel devint presque noir, on entendit des coups de tonnerre et au milieu d’éclairs flamboyants le vitrail explosa totalement ne laissant à l’intérieur de l’église que le morceau représentant la tête de Sainte Solange avec son auréole, face contre terre.

La consternation fut grande et on commença à parler de malédiction, de sort diabolique et de damnation de l’église ou de son lieu de construction.
On boucha la fenêtre avec du verre blanc et il fallut alors presqu’un siècle pour que l’on se décide enfin à finir ce dernier vitrail que Dieu lui-même n’aimait pas selon les rumeurs circulant dans le village.


Un grand maître-verrier vint, seul, très âgé et ne voyant bien que d’un œil, mais on lui avait confié les dessins historiques du deuxième vitrail, que l’église avait conservés et qui lui paraissaient incomparables.
Il tailla directement toutes les pièces de verre qu’il aurait à assembler ainsi que les baguettes de plomb.
Au moment ou il allait transférer les pièces sur le châssis, sa vue se brouilla une sorte de neige permanente tomba devant ses yeux et il sentit ses mains et se jambes devenir lourdes et immobiles.
Il peina pour s’agenouiller sur le sol et pria en pleurant « Seigneur aidez-moi à terminer cette œuvre à laquelle je tiens et qui a subi tant de malheur».


Sa vue s’éclaircit un peu et il vit un jeune garçon d’environ dix ans s’approcher de la table de travail, prendre les pièces de verre une à une et les placer avec la précision d’un verrier expérimenté. Puis il coupa, couda mit en place les morceaux de baguettes de plomb avant de disparaitre derrière l’autel.

Le maitre verrier s’endormit, quand il se réveilla sa vue lui parut normale, il se remit au travail et termina le vitrail sur lequel, seule les soudures du plomb, restaient à faire.

Il appela alors le curé de l’époque pour qu’il puisse bénir de suite son œuvre, avant même de la monter à sa place définitive, sans manifestations inutiles.

Le châssis fut mis le lendemain dans sa fenêtre,
Le vitrail était encore plus beau que les précédents et le vieux verrier que l’on prit pour un gâteux disait à tous ceux qui voulaient bien l’entendre :
« Celui là, il ne lui arrivera rien, c’est le petit Jésus qui l’a monté ».


Voila mon fils pourquoi ce vitrail est appelé le vitrail du P’tit Jésus, encore de nos jours.

Mais mon père en regardant bien tous les vitraux de l’église j’ai remarqué que Sainte Solange paraissait, excusez l’expression, plus neuve que les saints des autres vitraux.

« Mon fils c’est exact les plus vieux ont environ cinq siècles et celui-ci environ trois siècles et demi ».
Au bout de trois siècles et demi, rien ne justifie que ce vitrail paraisse neuf et reste propre par rapport aux autres vitraux de l’église.


« Mon fils, pensez-vous qu’il soit nécessaire que tout s’explique ? ».
Vraiment très beau texte que j'ai fort apprécié.
Merci pour ce paétage
Amicalement
Gaby
 

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